dimanche 27 décembre 2009


Fermez les yeux ! fermez les yeux et vous verrez que nous sommes capables de fabriquer de nombreuses images plus ou moins proches de la réalité. Elles forment un univers irréel qui reflète le monde que nous percevons à travers nos sens. Un reflet plus séduisant, un reflet à notre gout, un reflet auquel on pense. Nous parcourons sans cesse ces deux univers, passant de l’un à l’autre aussi facilement que l’on cligne des yeux quand une poussière vient à nous déranger. Parfois, ces deux univers se superposent nous laissant tomber dans l’illusion. Souvent, nous chutons dans ce puits sans fond qui mène droit à notre univers préféré, notre univers de prédilection. Un univers qui nous permet de fuir le monde qui nous ennui, nous contraint ou nous nuit. Une sorte de cachette de laquelle sont remontées toutes sortes d’inventions, d’idées, de fantaisies. D’ailleurs, ô toi, l’ogre mangeur de princes perché sur ta montagne de tarte à la fraise. O toi, la chauve souris qui passe tes nuits à combattre le crime. Non, toi, le drôle d’oiseau blanc tenant une branche d’olivier et faisant pleuvoir des arcs-en-ciel à chacun de tes battements d’ailes, comment te remercier. Tu m'as offert cette grande idée venue de ton repaire, de cet abri qui est si plaisant que l'on ne peut que très difficilement s'en défaire. A quoi bon, en effet, grimper vers cet univers réel devenu si fade? Pourquoi revenir après avoir savouré les merveilles qui se trouvent au fond de ce puits sans pareils? Comment, une fois que nous nous sommes hissés de nouveau jusqu'à la réalité, pouvons-nous lutter pour la changer alors que nous sommes encore tellement imprégnés du gout de la facilité, de la peur de la dégringolade? Un jour, un homme très riche est sorti d'un de ces puits. Il amena son fils à la campagne pour lui montrer qu’avant de tout avoir, il n’avait rien. Au retour, le père demanda à son enfant: " Qu' as tu appris durant ces quelques jours loin de tous nos biens?" Le fils répondit : «J'ai appris que nous n'avions qu'un chien triste et enfermé dans la villa quand eux ont toutes sortes d’animaux qui gambadent dans les prairies là bas, que nous n'avions qu'une piscine qui ne sent pas bon quand eux ont une grande crique pleine de poissons, que nous n'avions que des lampadaires dans notre jardin quand eux ont des étoiles partout dans le ciel qui scintillent même le matin , que nous n'avions qu'une une petite pelouse qui donne sur la rue quand eux ont des champs à perte de vue, que nous ne faisions qu’acheter nos fruits et légumes quand eux les cultivent et les fument, que nous n’avions que des murs autour de notre propriété quand eux ont des amis pour les protéger». Fermez les yeux! Fermez les yeux et demandez vous vraiment si l’imagination invente réellement?

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